... 1ere journée
Festival 3V








Un moment de la 6ème édition du Festival international de Poésie 3V

les chemins du partage

    Petit à petit les cargos qui font la ligne Marché central-Maképé rejoignent cette rue de Makéa qui a inspiré le livre de racontages  « Dieu n’a pas besoin de ce mensonge ». Cette rue est leur terminus. Les uns après les autres, les poètes et autres amis attachés à l’idée du Festival international de Poésie 3v arrivent. Ils se regroupent non loin du réputé Mou-mou bar qui sera le point de départ de la performance intitulée « chemins du partage » qui marquera l’ouverture de la 6eme édition du P3V 2012 qui a commencé ce mercredi 28 novembre et s’achèvera le vendredi 30 novembre au  lac mystique de Mbapit à Foumbot après une escale à Bafoussam.

    Emile Ngueutcheu est le premier à arriver et Jackson Ndi avec sa caméra, le dernier. Il a juste le temps d’écouter quelques boutades et nous voilà partis. Nous sommes 10 marcheurs unis par notre humanité, cette humanité qui nous porte vers cet autre qui est différent et qui n’a pas la chance de marcher comme nous parce qu’il est couché dans un lit.

    L’essence du programme avait été tenue secrète. Les poètes qui avaient envoyé leurs poèmes ne savaient pas ce qu’ils étaient devenus. Ils s’en tenaient au libellé du programme du jour qui disait qu’il s’agissait de dons de poèmes et non de dons de livres de poésie dans deux centres de santé suivis d’une causerie sous l’arbre à la Place du Gouvernement à Bonanjo.

    Quelques dizaines de mètres plus loin, portés par ces bruits de ferraille qui roule, par ces interpellations des rues urbaines et par ces klaxons assourdissants qui font la poésie de Douala, nous montons dans le bâtiment de deux étages qui abrite la Fondation du Dr Jean Simonet Fotso. Il est 9h19 le docteur Simonet est en consultation. Les deux infirmières qui nous accueillent tentent de me convaincre que je ne peux pas être un habitant de Makéa puisque je prétends ne pas les connaître.

    A la véranda les poètes commentent la suractivité du quartier, se lancent des boutades et improvisent des textes.  Enfin le médecin se libère ; Il nous attendait. Je lui réexplique que le projet « chemins du partage » est né du constat que les chambres d’hôpital sont peu ou pas du tout décorées et abandonnent très souvent le malade à la tyrannie de la télévision. Pourtant pour lui assurer une guérison rapide il lui faut un environnement propice à la détente et à la confiance. Nous apportons des textes simples et beaux qui sont peints en vert de feuille d’arbre sur du tissu de velours vert olive. La couleur verte étant celle qui rend le mieux la jeunesse, la vitalité et l’éternité. La formule qu’a choisi le poète Ngagoun Edmond pour décorer les lieux et que le docteur Simonet adopte avec un sourire est, « D’un seul bras… Un ciel bleu / D’un seul  cœur… Une belle nuit ».

   
    Maintenant, Edmond Ngagoun, Pierre la Paix Ndamè et Emile Nguetcheu se saisissent de marteaux et de clous pour afficher les poèmes sur les murs des chambres, en improvisant des mots pleins de saveur. Entre deux escaliers, je leur raconte que pendant les villes mortes tous les blessés par balle qui arrivaient dans ce centre de santé étaient soignés gratuitement, je leur raconte que le bureau du docteur Simonet a un carton plein de cartes d’identité que les patients véreux ont abandonné pour ne pas payer les dettes de soin qu’ils devaient au centre, je leur raconte que je connais personnellement deux cas de nourrissons abandonnés par leurs mères après l’accouchement que le docteur Simonet a adoptés… 


   
A la fin le Dr. Simonet qui a créé son centre en 1986 est très ému. Il nous remercie avec beaucoup d’émotions et, en bon père de famille nous tend une somme de 5000frsCfa que nous acceptons avec un cri d’étonnement lancé en chœur.
   


    Avec cet argent, Pierre la Paix achète des boissons sucrées et de l’eau en sachet qu’il distribue. Avec le soleil qui monte il y aura de quoi se désaltérer. Et nous voilà descendant les escaliers comme des canetons à la queue leu leu marchant derrière leur mère qui ici ne peut être que le soleil de la joie. Nous traversons le reste de Makéa, évitons le marché Congo n’hésitant pas à prendre des mapanes. Vêtus en T-shirt aux couleurs du Festival P3V, nous formons une troupe joyeuse qui étonne et, nous voyant, les badauds se demandent bien ce que nous vendons.


    Emile Ngeutcheu aborde la question de l’édition de ses deux recueils de poèmes dans une maison édition française. On compare les coûts et se on rend compte finalement qu’il est préférable de se faire éditer au Cameroun. Le Dr Blaise Tsoualla du département de Français de l’université de Buéa écoute attentivement, pose des questions… Un jour, il nous pondra certainement une étude sur l’édition de la poésie.
 


    Chemin faisant, Pierre la Paix Ndamè et Edmond Ngagoun improvisent et déclament.
Et puis Little Steps health center nous accueille. Nous avons quelques minutes de retard ; ce qui rend le sourire de la responsable de ce centre encore plus enthousiaste. Elle s’était, un temps, demandé : et s’ils ne venaient pas. 


    Dans ce centre est soignée une jeune fille qui a été violemment agressée par sa voisine. Elle est arrivée quelques temps avant nous. Ses proches sont là, tendus. Nos improvisations et nos plaisanteries n’arrivent pas à les détendre. L’un d’eux, voyant notre caméra semi-pro, pense qu’il s’agit d’une équipe de télévision venue filmer leurs problèmes de famille et s’adresse au médecin qui nous guide d’un ton impoli. Il disait en anglais, « Qu’est-ce que ces gens font ici ? ». Et elle de lui répondre, « Dans la vie, il faut d’abord observer avant de poser des questions ». Puis tout passe car la magie du verbe a fait son travail.


    La responsable du centre qui est touchée par notre initiative exige que les poèmes de Josiane
Kouagheu et Edmond Ngagoun soient affichés dans son bureau. Comme la majorité des patients de ce centre sont anglophones, je propose à la directrice du centre de traduire ces textes en Anglais et de les afficher à côtés des textes correspondants. D’ailleurs elle et moi commençons la traduction du poème de Josiane. Elle nous promet de nous inviter pour un repas dans les prochaines semaines et clôture ainsi l’étape avec nos cris de victoires.

    Et nous voilà repartis à la conquête de la Place du Gouvernement à Bonanjo pour la troisième et dernière étape de cette cérémonie d’ouverture mobile et itinérante. Quelqu’un se rappelle qu’il ne connaît pas le nom de la sympathique responsable de ce healthcenter.

    C’est le Dr. Blaise Tsoualla qui nous ouvre les portes de Bonanjo avec cette phrase, « Je ne savais pas qu’il y avait un endroit à Douala si paisible et avec des arbres » et moi je lui répond que Tanga Nord et Tanga Sud ont la peau dure.


    C’est Leumen Otto Sylvestre qui est le trésorier de l’association « Bouquinistes sans frontières » qui est notre hôte, qui embrasse tout le monde pour la bienvenue. On s’assoit sur des bancs de cuisine et des tabourets autour d’un arbre. On boit des sucreries on croque des biscuits, on déclame et on réfléchit. M. Kamdem Vincent, le président des bouquinistes,  Leumen Otto, Mohamadou Katche et Ngoune Jean Claude, tous bouquinistes parlent de leurs expériences et de leurs attentes. Le Dr Blaise Tsoualla clôture les propos en laissant après chaque partie le soin au poète d’aiguiser l’attention et de remplir les lieux de paroles et de rythmes.


    A la fin tout le monde est d’accord pour dire que son intervention a épuisé la question de la Place du vendeur de livres du poteau dans la distribution du livre. Le président Kamdem est satisfait des pistes de développement qu’il leur a suggérées. Les questions et les échanges continuent et tout le monde découvre avec satisfaction que le bouquiniste Mohamadou Katche qui est le secrétaire de l’association hôte est très bon orateur.

    Un poème de l’inoubliable Aimé Césaire est ensuite dit par Emile Nguetcheu pour clôturer cette première journée.

Marcel Kemadjou NJanke


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en route

EN ROUTE






!!

Avec le Docteur Simonet

Avec le Docteur Simonet



Pierre la Paix Déclamant

Pierre La Paix déclame



Un poème offert au centre de
santé



Poète
en action

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Causerie sous l'a

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Docteur Bl
aise Tsoualla

Causerie du président de
Bouquiniste sans frontièr
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