... Festival 3V
6ème édition



3ème journée : Cap sur l’Ouest Cameroun

    Ce vendredi 30 Novembre 2012 aura été comme le programme le prévoyait l’apothéose de notre Festival avec au menu la suite et fin des Chemins du partage dans les villes de Bafoussam et de Foumbot.  Après la soirée d’une 2ème journée du Festival riche et ivre de poésie passée la veille, une équipe réduite de poètes très tôt se donne Rendez-vous au Rond-point Deido à 5 heures du matin pour ce qui sera le départ pour l’Ouest du pays en guise de clôture de notre festival.  Arrivé le premier, Edmond François NGANGOUM passera quelque temps devant la station-service qui sert de lieu de rendez-vous avant d’être rejoint juste après par Pierre La Paix NDAME qui lui confirme que la 4X4 que conduit Marcel Kemadjou avec à son bord le poète Gilbert TCHOUPA ne tardera plus à arriver. Il est 5 Heures du matin et quelques minutes de plus, les poètes mettent le cap vers l’ouest et ni les fraîches brumes de l’aube encore couchée, ni l’absence de la lumière du jour encore naissant ne suffiront pour désarmer la vaillance de cette aventure. Seule se distille dans l’air l’ambiance berceuse dans un premier temps d’un célèbre compositeur Arménien puis plus tard une compilation de rythmes traditionnels du Monde. (Un choix de Marcel qui fait l’unanimité parmi les poètes). Les voix ne s’élèvent dès lors que pour remarquer brillamment quelques épisodes marquants de ces 2 premiers jours écoulés, ou pour mimer certaines rythmes riches en goût et en sensibilité. Les blagues et autres commentaires nous auraient évité de réaliser que nous venons déjà de laisser derrière nous le département du Moungo pour embrasser celui du Haut-Nkam si cette panne de notre véhicule  n’était pas survenue. C’est une tôle sous la 4X4 qui vient de se détacher en grattant le goudron après un dos d’âne imprudemment frôlé. Très vite il faut le rattacher ; Edmond s’en charge. Ah sacrés poètes !!! Quelques lanières de fil de fortune trouvé non loin, un couteau prêté à deux petites suceuses de cannes à sucre, et Hop tout est réglé et on peut repartir non sans remercier la bravoure du Jeune Poète et sa diligence. « Timpopo-Timpopo » une expression chère à Edmond et Pierre qui en ont presque fait le symbole de cette 6ème édition s’interpelant sans relâche par des « A Nguerra » poétique de sens et d’humour qui aura réussi à tenir en haleine tous les poètes durant ce festival entier. Les tableaux des matinées du Haut-Nkam nous offrent une belle vue de ce paysage où toute la poésie s’écrit en reliefs continus et en fraicheur.

    A 11 heures nous faisons notre entrée dans la première ville qui accueille la clôture notamment Bafoussam où les chemins du partage ont choisi la Clinique pédiatrique La Solidarité pour continuer son don de poèmes gravés. Notre Guide jusque-là très discrète après quelques entrées et sorties dans le bureau du Médecin pédiatre nous fera enfin signe de la suivre. Mais oups, le médecin ne nous sachant pas si nombreux s’excusera d’en finir avec une patiente avant que de nous recevoir convenablement. Notre tour arrivé, des grandes poignées de main s’en suivirent et quoique bilingue mais trahi par son ton anglophone d’origine ne manqua pas de s’étonner de ce que les Camerounais arrivaient encore à faire des choses de façon gratuite et désintéressée. Ce fut une joie pour celui qui très rapidement se transforma en notre Guide dans la clinique pour nous aider à afficher nos « Mots » à des lieux qui lui étaient susceptibles à une large et accessible lecture. Cette fois encore Edmond NGANGOUM avec toute son énergie cloua encore ces notes aux murs de cet espace bondé de patients curieux de nos mouvements. Retournés à son bureau notre hôte ne manqua pas à nouveau de nous témoigner sa surprise et sa joie tout en nous rappelant son goût Shakespearien de la poésie et son intention de voir le festival être pérennisé. Le moment coup de cœur de cette rencontre fut la remise au Festival de la précieuse somme de 5.000 Francs pour dit-il « acheter des oranges » !!!! Que ne fût notre joie de  recevoir ce cadeau qui nous rappelait encore celui du Dr Simonet au premier jour du Festival. Pierre La Paix en langue anglaise va lui signifier tout le plaisir que le Festival a de partager avec lui notre passion qu’est la Poésie et le remercier de ce cadeau. Il ne nous laissera cependant pas le quitter sans s’assurer de notre moyen de locomotion, de celui qui est à la conduite et en appelle à sa prudence tout en nous souhaitant une heureuse année 2013. C’est le cœur lourd et heureux que nous quittons cette clinique avec dans l’esprit de chacun l’intention d’y revenir chaque fois que l’on trouverait l’occasion.

Il faut continuer vers la dernière escale notamment Foumbot au cœur même du département du Noun.  C’est ici que nous bouclerons notre chemin du Partage. C’est notre même guide de la Clinique La Solidarité une fois arrivés au centre de Santé (X) qui entame l’échange avec le chef des lieux ; un médecin local qui insiste à voir la teneur et le contenu des textes que nous souhaitons afficher. Là encore l’aval est donné et les coups de marteaux d’Edmond recommencent à tonner au sein  du centre hospitalier. Sous la distribution des clous que fait Gilbert TCHOUPA, jusque-là très calme. Des sourires avec les patients et quelques poignées de main et nous quittons le Centre de Santé Le Bon Samaritain pour aborder la phase finale de notre festival à savoir la découverte du Mont Mbapit et de son Lac Mystique. Mais avant prenons le temps de déposer nos bagages et autres effets en lieu sûr ; la traversée de ces lieux se voulant dégagée et pas encombrante.  Très rapidement notre chère guide (une fois encore) négocie avec deux conducteurs de Moto-taxis pour nous conduire vers ce qui plus tard sera notre lieu de recueillement poétique. Gilbert et Marcel se serrent derrière un bolide tandis que Pierre La Paix et Edmond s’accrochent à un autre. Mais le bain de poussière qui accompagne la traversée ne suffit pas pour cacher la beauté de ces vallons imposants de par leurs reliefs unis. Sur les flancs des monts dressés, paissent calmement loin très haut les bœufs mieux habitués à ces lieux que nous.  Il faut compter presque 30 minutes par motos pour enfin arriver au pied des marches majestueuses qui serpentent le flanc au-dessus duquel niche silencieusement le Lac Mystique Mbapit. Nos conducteurs attendront sur place pour nous ramener vers la ville. Gilbert a tout prévu et se met à verser à volonté des colas achetées pour la circonstance et quelques jujubes pour dit-il « faire manger les ancêtres des lieux » il en verse à tous les niveaux des marches que l’atmosphère d’ici rend difficiles à gravir. Nous découvrons enfin notre hôte silencieuse, qui dort (non sans remuer) paisiblement au fond d’une vaste vallée de cratère béante dont les arbres en bordures s’émoussent à perte de vue.  « Il ne faut pas s’approcher de plus près », met en garde Marcel. Commencent alors des prises de vues à la fois du Lac que des visiteurs épris rapidement par ce lieu féerique sinon Mystique pour lui coller son épithète.  Nous sommes encore émerveillés par les sons et la fraicheur des lieux qu’un troupeau de bœufs voulant traverser va nous obliger à redescendre vers les marches pour lui céder passage. Ce sont les maîtres des lieux et il ne faut pas insister. Une fois le troupeau parti, Pierre La Paix NDAME  ouvrira le bal des déclamations avec ce poème d’Alphonse de Lamartine « Le Lac ». Pendant la déclamation forte, l’écho est très vite repris par des voix inconnues qui rendent aux abysses vides d’altitude cet autre langage sans doute peu communiqué ici. Edmond NGANGOUM va déclamer un texte de Gilbert TCHOUPA qui lui-même bouclera par un autre de ses extraits. Marcel s’est éloigné vers quelque colline longeant les bords du Lac. Il médite. Il est suivi par Pierre et Gilbert. Edmond continuant ses lectures hautes avant de venir lui aussi admirer vue sous un autre angle l’immensité de cette bouche ouverte avec en fond une large taie d’eau. « On dit qu’il y’a un chemin que seuls connaissent les initiés pour accéder aux bords de ce lac » nous dira Marcel. Encore quelques photos et nos conducteurs qui commençaient déjà à s’impatienter nous font état de retourner en ville. On ne se fera pas prier et voilà que nous dévalons les 300 marches vers le pied du Mont. Le périple retour se fait et les poètes ont une fois en ville le temps de manger quelques spécialités culinaires locales dans un restaurant avant d’aller réserver leurs billets de transport pour retourner sur Douala dans la nuit. Mais que faire entretemps après ce moment digestif ? Timpopo-Timpopo (dans le contexte « tout calmement »), La nuit tombe sur Foumbot, les têtes accoudées aux fenêtres du majestueux bus de retour sur Douala, les poètes viennent de signer comme il y’a 5 ans auparavant les pages historiquement mémorables du Festival International de poésie 3V.

Pierre La paix NDAME

Pour le compte du Festival.

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Timpopo-Timpopo