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NDAME NDAME PIERRE

qui a choisi pour nom d’écriture Pierre La Paix est né le 08 Septembre 1987 à Dibombari un arrondissement à quelques encablures du Sud de  Douala. Très tôt influencé par la lecture des Fleurs du Mal de Baudelaire qu’il considère comme son père spirituel, l’auteur avant 18 ans aura déjà rédigé une bonne partie de ses textes qui à travers le recueil LUTH ET LYRE  recevront le 1er Prix de poésie Rondine en 2005. Il n’est pas au bout de sa course puisque deux années plus tard, il sera reçu 19ème lauréat du Grand Prix National de Poésie Patrice Kayo avec le poème Mon Pays. il est Co-Auteur du Projet Collectif de 20 Poètes Francophones ayant publié le Recueil "Le Chant Des Larmes" en Octobre 2010 aux Editions Lire et Méditer (Paris); . Il travaille actuellement sur deux autres recueils : SERMENTS et LITANIES POETIQUES. Après des études interrompues en Littératures Négro Africaines, il est aujourd’hui étudiant en Communication à l’Université de Douala et s’exerce dans le Cinéma, l’enseignement et l’Informatique.

HORREURS SUICIDAIRES
  à Tous les martyrs du 28 Février

                                                            J’ai soif
                                                            J’ai faim
                                                            J’ai chaud
                                                            J’ai froid
                                                            J’ai peur…
 
La peur oblique qui ces journées noires inondait mon cœur d’une langueur suicidaire,
Aujourd’hui dessine dans ma vie les tristes frasques d’un futur falot.
 
L’angoisse amère qui ce Lundi rouge tenaillait mon esprit nu,
Epelle de nos jours les voyelles inertes d’une toxique monotonie.
 
La larme acide qui ce jour brûlait ma joue étique,
Nettoie aujourd’hui dans ma vie la hideur de mes souffrances combles…
 
                                               Où ?
Oui où partirai-je si ici me refuse l’insipide exil ?
 
A l’hymen des mauvais jours,
Nous avons crié soif, faim et fatigue.
A l’abri des violents vents,
Nous avons clamé notre virulent dépit.
Entre eaux et flammes,
Nous avons confondu
Et fondu en pleurs.
Entre coups, égouts et dégoûts,
Nous avons vomi l’irruminable discours de vos courroux malveillants.
 
Aujourd’hui de grâce laissez-nous partir.
Nous reviendrons vers ce pays lorsque tout ira bien ;
Nous reviendrons rassurez-vous.
Mais de grâce laissez-nous partir.
Laissez-moi m’évader de la plaie virulente de ce fumier,
Laissez-moi partir,
Mourir, mourir ailleurs que dans cet antre hideux  où pullulent
Le désespoir et le chaos.
 
Laissez-moi me noyer dans la vague frénétique de la clandestine immigration.
Laissez-moi trouver un asile à ce cœur lassé.
Un asile autre que cette vie de chien que vous m’avez jusqu’ici offerte.
 
Je pars, pas d’Adieu à tel,
Ni d’au revoir à qui que ce soit car,
 
J’ai soif
J’ai faim
J’ai chaud
J’ai froid
J’ai peur…
 
DANS LA GRAMMAIRE DU POEME
 
Les modes imprécis se conjuguent dans nos vies asservies,
Dans l’ivresse des «je t’aime » imparfaits,
S’accordent alors nos rires et nos sourires assujettis.
Vient à présent l’instant indicatif où seul me tutoie ton regard.
Je m’abandonne à l’inertie et la merci de tes mots,
Quand l’aube majuscule vend aux enchères son éclat pluriel.
 
Le vide sans suite m’étreint alors sans liaison,
Et ma peur adjective, devenue soudain muette,
Et ma passion adverbiale, qui sans fin me verbalise,
Je te veux toi, dans l’arène pronominale où s’accorde
Le poème démentiel, tandis qu’à l’emphase têtue
De tes phrases, renaissent mes doutes invariables.
 
Quand donc princesse,
Dans la syntaxe ivre de toi,
Supprimerai-je enfin l’unique apostrophe
De ce « je t’aime » élidé ?
Douala, Novembre 2009
 
CRIME DES MOEURS
 
Dans la déchirure du tabou,
Le rien a installé un banc immonde
Et s’y est assis. Le sacré n’a pas connu son assassin
Et la honte a primé. L’anormalité de ce siècle impressionne
l’instant. Et ma passivité a admiré ce jour nouveau dans la texture
sans fard qui maquille ce siècle. La terre a connu Sodome depuis la nuit
Et s’est réveillée dans l’opprobre violant mes mœurs inquiètes. Et le monde a ri. Et mon cœur a pleuré.
Semant dans la hideur de l’insalubre sexuel, ma virilité assassinée, ma virilité assassine.
Le rituel critiqué, a connu le meurtre des valeurs sans vie. renversé par le péché passionnel, le bon sens a capitulé dans le néant et l’insu.
Et dans la putride réalité, d’où sourd le réel impossible, le tableau de ma société :        

 
Un cri suffit,
Une larme, Non !
Un air de vie,
De ma vie surtout !
Mais quoi ?
Le  soleil a craint la nostalgie du vide. Et le ciel a pleuré ; l’amer souvenir
De ces rendez-vous crépusculaires ressuscite enfin dans cette aube trempée… de sang ! La brume s’inonde de brune rosée.
Ma peur aussi.
Voici le temps du rêve à rebours ; la terre accueille la dépouille céleste  avec un rire funeste,
et vient soudain la motte molle de ce tombeau fermé,  

Qui accueille Sodome en se moquant de demain.
Une rose éclose pour une rose,
Un plantain mûr pour un plantain… Drôle de Monde !
Va  te faire voir ailleurs ! c’est la Mondialisation, qu’est-ce que tu veux ?
Et puis…chacun a le droit d’aller avec qui il veut et libre d’aimer qui il veut. Un homme, ça embrasse un homme
-hum
-mais oui ça embrasse un homme, un homme, ça couche avec un autre homme, ça se marie aussi…
L’indice cible
L’indicible
Avec la bouche bandée.
 
L’impôt cible
L’impossible
Avec la bourse bandée.
 
Le pot cible
Le possible
Avec la main bandée.
 
L’insu brime
Le sublime
Avec le col bandé.
 
L’invu cible
L’invisible
Avec le cul bandé.
 
Le sang cible
Le sensible
Avec le bas bandé.
 
L’encens cible
L’insensible
Avec les yeux bandés.
 
Le vin cible
L’invincible
Avec l’esprit bandé.
 
Le pas cible
Le passible
Avec les pieds bandés…
 
Le crime sur nos mœurs ne restera point impuni…
 
CINQUANTE ANS D’INDEPENDANCE
 
Cinquante,
Cinq qu’hante ma peur qui s’adjective dans le néant séculaire de l’immobile
Je retourne les pages et redécouvre l’ennui de ces années-promesses,
Où dans le sillon fébrile de la victoire
Nous rêvions des lendemains de joie.

Cinquante,
S’incantant alors mon égo fiévreux
Que consume dans l’intimité l’étincelle neigeuse.
Cinquante ans alors mes égaux sérieux,
Qui consultent dans l’impunité nos tiroirs communs.

Cinquante,
Saint quant à ma foi fidèle, je renouais l’instant dans l’espérance en ce train,
Semant à l’autre bout de la vie d’invariables doutes qui
Majusculaient la patience, lorsque s’infinissait dans le rien ma conscience abrupte…

Cinquante,
Sein quand te lasseras-tu de couler au lieu du maternel lait
L’incandescent sang de nos batailles sans gloire ?
Quand s’est levé le poing de l’unisson,
A la lisière de nos rêves éteints,
Nous avons clamé dans le songe : Cameroun !
Et ton maternel visage nous a souri
Dans l’hébétude de la nuit
Et le refrain d’aujourd’hui…

Cinquante,
Cinq en te refusant devant ce zéro houleux qui ment l’Afrique,
J’étanche mon ivre litanie dans la frénésie de nos pleurs
Et l’inchangé banc de nos misères sans trêves !
Vois ! Ces jours de vie où dans la fange scabieuse de l’insu
Nous avions cru en ta destinée !
Bifurquant tes ambitions le long de ces années brimées,
Tu as jeté dans l’abîme effarant de l’oubli tes serments de scènes…

Cinquante,
Cinq…
Sain…
Saint…
Sein…
Quand entendras-tu l’ultime hoquet qui en cet anniversaire broie comme une épine
Nos gorges longtemps asséchées par notre soif d’appartenir à l’aube nouvelle ?