Symplice B. MVONDO Camerounais, est écrivain et interprète de poésie.  Pour lui, toute œuvre artistique ne se limite pas à "un donné à voir", "un donné à entendre" ou "un donné à écouter". Mais c’est aussi et surtout : "un donner à vivre". .. Car ce qui compte le plus, c’est la force suggestive, la force émotionnelle et le dialogue que peut instaurer une œuvre avec celui qui vient à sa rencontre. Créer, jouer ou interpréter deviennent alors donner à vivre.

Par ailleurs, toute œuvre artistique ne se révèle, au final, n’être qu’un morceau de souvenir, un brin de rêve, un tremblement de peur, un frissonnement de bonheur ou de plaisir, un cri de désespoir, un chant d’espoir, une fenêtre d’évasion, une invite au voyage, un message à partager… bref, un acte de vie …

L’univers poétique de Symplice B. MVONDO est peuplé d’instants, de parfums, de rêves, d’émotions, de coups de gueule, de sagesse et de morceaux de vie. Car pour lui, on va au poème comme on va à la vie.

Actuellement, il est Directeur Délégué du Centre Culturel Francis Bebey à Yaoundé (Cameroun). Il y coordonne également le Projet Art-En-Scène, un projet qu’il a initié depuis mai 2009 et qui encadre les jeunes dans la musique, la danse et la peinture.


 

I/ Poésie 
Recueils :
-         Les couleurs de la nuit, Edilivre Éditions APARIS, 2011
-         Des mots pour dire, Edifree Aparis, 2010
-         30 poèmes pour dire « Je t’aime », Edifree Aparis, 2010
-         Slam ta vie !, Edifree Aparis, 2010
-         (collectif), Naissance, Epi de seigle, 2005
-         L’Enfance chante ses droits, Editions Agbetsi, 2004
 
 
    Né à Yaoundé
 
Né dans cette ville maudite
J’ai conjugué tous ses ghettos
Ses galères ses misères et ses promesses
 
J’ai grandi avec toutes ses fureurs et ses haines
Ses terreurs ses peurs et ses peines
Sans rancune j’ai bu toutes mes tasses
Et encaissé pas mal de casses
 
Je suis passé par tous ses chemins
Des plus beaux aux plus merdiques
Des plus humains aux plus tordus
Et des plus merdiques aux plus merdiques
 
J’ai chanté tous les cantiques
Des bibliques aux sataniques
Jusqu’à en perdre la foi
 
J’ai vadrouillé trimé
Creusé pioché
Balayé sauveté
Et quelques fois même maraudé
 
J’ai feuilleté tous les albums de la misère de cette ville mal pensée
Et plein de fois
Je me suis retrouvé à chialer toute la nuit
 
J’ai arpenté toutes les pistes obscures de Ntaba
Admiré longuement les villas mal alignées d’Odza
Traversé de grands marécages puants à Oyom-Abang,
Le village dans la ville de Nkoabang
J’ai même pataugé en plein boulevard de la réunification
Et fait un gentil petit pipi contre le mur du premier ministère…
 
Plusieurs soirs
Je n’ai eu pour seuls compagnons que mon petit bout de joint
Et quelques bouteilles (lorsque je pouvais m’en offrir)
 
Né dans cette ville ratée
J’ai connu toutes ses nausées
Ses rues bancales et ses piaules inclinées
 
Dans les rues au school à l’hosto
Et même dans les bureaux
Ça gueule à tout vent
Et les "ta gueule !" fusent de partout
 
On s’apostrophe à tout bout de mot
Et si les mots ne passent plus
On se cogne dans la gueule
 
Et c’est avec beaucoup de patience
Que j’ai appris toutes mes leçons de la vie
Que j’ai appris à me contenter d’être à ma place
Et à laisser le pays à ceux à qui il appartient
 
Nés dans cette forêt urbaine
J’ai appris ce qu’est la loi de la jungle
Qu’ici un grand n’est jamais un petit
Et que les petits resteront toujours des petits
 
J’ai surtout appris à laisser la politique aux politiciens
L’école aux écoliers
Et la misère aux misérables
 
Avec beaucoup de patience
J’ai appris ce que c’est que d’être né
Dans une ville à la taille d’un ghetto !
 
Né à Yaoundé
Je suis né à Yaoundé
 
Symplice B. MVONDO, Slam ta vie !, Edifree Aparis, 2010
 
 
Partir
 
Partir comme le jour
Sans regret et sans rancœur
 
Avec peut-être une larme
Ou un sourire
 
Partir au soir de la vie
Comme une chanson qui s’achève
 
Dans un murmure
Ou dans un chuchotement
 
Partir
Je voudrai partir
 
Dans la paix
Et la quiétude de l’âme
 
Partir
Peut-être en te laissant
 
Mais ce sera par la force des choses
Et non comme une trahison
 
Partir
Je sais qu’un jour je m’en irai
 
Loin du jour et de la nuit
Loin de tout et de toi
 
Partir
Sans toute fois t’avoir oublié…
 
                                               Symplice B. MVONDO, Les couleurs de la nuit, Edilivre Aparis, février 2011
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